La médiation culturelle : un vecteur essentiel dans l’accompagnement social

Toute dynamique de changement présente un point de vigilance : rendre pérenne la qualité de vie au sein de la structure et préserver la convivialité tout en développant le professionnalisme. Il s’agit de s’inscrire dans un changement fondamental, dont celui du regard porté sur les personnes accompagnées.

En quoi la médiation culturelle est-il un levier d’évolution?

Toute problématique, en passant de la précarité, au vieillissement ou au handicap, est empreinte d’une forte stigmatisation, d’une aliénation à des représentations négatives, avec, quelquefois, une pointe de charité. Travailler auprès des publics dits en difficultés, peut s’avérer complexe. C’est pourquoi, il me semble nécessaire d’œuvrer sur le regard posé sur ces personnes fragilisées.

La médiation culturelle est, pour moi, un levier d’évolution, de renouvellement du secteur médico-social actuel.

Sylvie Laroche
  • Elle permet aux personnes accompagnées d’accéder à la culture (pour certaines, c’est une première);
  • Elle contribue également à l’évolution des pratiques et à une dynamique institutionnelle importante.

Au-delà de sa fonction de régulation sociale (réappropriation des normes, lien social, proximité), la médiation culturelle remet tout le monde en pensée et en émotions, et surtout contribue au changement de regard des professionnels sur la personne accompagnée, et peuvent ainsi mieux l’appréhender et mieux la comprendre.

Cette dimension culturelle peut se développer à l’interne en proposant des interventions culturelles variées et adaptées (écriture, chant, théâtre, spectacle, création de décors, photographies…) afin de valoriser et d’amener du plaisir aux personnes accueillies.

J’ai mené deux expériences significatives autour de la médiation culturelle sur deux secteurs d’intervention très différents : en EHPAD auprès des personnes âgées et au CAO de la FADS avec les jeunes migrants.

L’expérience menée en EHPAD

L’expérience menée en EHPAD reposait sur l’écriture d’un livre. Quelques personnes âgées, accompagnés d’un écrivain, ont écrit ce livre à partir de leur histoire de vie. Un partenariat avec une maison d’édition a permis la publication et la diffusion de cet ouvrage chez de grandes enseignes ( ce fut une première en France).

Sur plusieurs mois, ces mêmes résidents ont préparé la mise en scène de leur livre. Ce fut l’occasion d’un grand spectacle, qui a permis aux familles, partenaires, élus, invités, de découvrir avec plaisir un autre aspect des personnes âgées. Le personnel s’est énormément investi dans ce projet. Pour la plupart, leur regard a évolué en mesurant la richesse des histoires de vie de chacun, des capacités enfouies et inexploitées, et ont apprécié les moments de partage.

Les personnes âgées, quant à elles, se sont attachées fièrement à suivre la presse, à répondre aux interviews, à honorer des séances de dédicaces et sont fières de leur propre investissement.

Les jeunes migrants

Une des difficultés rencontrées avec les jeunes migrants demeure le traumatisme lié à leur parcours migratoire (la séparation avec la famille, l’errance, les trafics de tous genres, la pression des passeurs…). Verbaliser ces blessures est réellement impossible, malgré l’accompagnement proposé par les équipes, la psychologue, les partenaires. Permettre l’intégration, c’est avant considérer ces événements traumatisants.

J’ai pu mener un partenariat avec une cinéaste, en vu d’envisager des productions pour concourir au festival du court métrage au Havre.

Etre confrontés à une caméra fut pour ces jeunes l’opportunité d’exprimer leur souffrance car la caméra a impersonnalisé et modifié la verbalisation, a permis une autre forme d’expression, plus corporelle, plus ludique, moins personnelle. La démarche a nécessité du temps, de la persévérance et de la diplomatie de la part du cinéaste et des salariés volontaires, mais cinq jeunes ont finalement concouru au festival.

Ils ont chacun été primé et ont reçu un tonnerre d’applaudissements lors de la projection finale. Au dela du prix attribué, ce fut une reconnaissance générale et publique des difficultés qu’ils ont du affronter mais aussi, auprès du public et des professionnels, une meilleure considération de leur capacité et volonté pour surpasser, tout en vivant avec, ces souffrances.

« Pour tous ses bienfaits, la médiation culturelle doit avoir sa place au cœur de l’accompagnement sociale « – Sylvie Laroche . Elle peut se traduire sous différentes formes, qui inévitablement sera adaptée à chaque public. Mais le bénéfice demeure le même en terme de valorisation et de reconnaissance des acteurs du projet et amène les professionnels à évoluer dans leur pratique par la modification du regard posé.